06/09/2015

La cornette

Je m'attaque à un gros morceau : la cornette. L'affaire est à la fois simple et compliquée ; l'article risque d'être plusieurs fois remanié ultérieurement !

Dernièrement, on passait à la télévision un téléfilm où certaines scènes se déroulaient à l'hospice des enfants trouvés, à la fin du dix-neuvième siècle. On y voyait des sœurs à cornette. Le nom exact de la congrégation est : compagnie des filles de la charité, mais le grand public les connaît plus souvent sous le nom de sœurs de charité ou sœurs de saint Vincent de Paul. Elles ont été, effectivement, dès leur fondation, au XVIIe siècle, assignées au soin des enfants abandonnés. Le moins qu'on puisse dire, en ce qui concerne ce long métrage, c'est que la coiffe n'était guère convaincante. On avait l'impression de se trouver devant un déguisement de carnaval. Voici une illustration réalisée à partir de photos de l'écran du téléviseur.

 

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Ce qui pique aux yeux, c'est cette pointe à l'arrière de la tête. On a assemblé les deux bords arrière l'un à l'autre en faisant un gros pli au milieu et ce qui devrait être une cornette ressemble à un entonnoir qui part en piqué sur l'avant de la figure. Je ne sais pas ce qu'ont fait les costumiers, mais il n'était pourtant pas difficile de réunir une documentation suffisante pour reconstituer cette coiffe aujourd'hui disparue. Un petit tour dans une bibliothèque importante aurait suffi à éviter cette grossière erreur.

 

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Mais d'où vient cette cornette qui a tant marqué les esprits au pointe de continuer à survivre dans les œuvres de fiction cinquante ans après sa suppression.  J'ai lu et entendu toute sorte de théories hautement fantaisistes sur l'origine de la cornette monumentale qu'ont coiffé ces bonnes sœurs jusqu'au début des années 60 : coiffe bigoudène, hennin médiéval, etc. Oubliez tout ça.

 

Cornette veut dire "petite corne", c'est ainsi qu'on appelait la partie d'une coiffe dont la forme rappelait une petite corne, puis la coiffe tout entière. Que voulait dire "cornette" à l'époque des premières filles de la charité ? Un dictionnaire de 1606 nous apprend qu'une cornette est "le devant d'un chaperon (de drap ou de velours) qui couvre la fontaine de la tête d'une femme". Fontaine signifie ici l'endroit où les os du crâne sont soudés, comme on parle des fontanelles des nourrissons, donc le haut du crâne. La cornette désignera ensuite une coiffe de femme que l'on porte en déshabillé, une" bande de tissu nouée sur le devant de la tête et dont les extrémités ont l'aspect de petites cornes" ou encore la coiffe des femmes du peuple.

 

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Les premières filles de la charité étaient des paysannes des alentours de Paris et elles gardaient leur vêtement traditionnel. Elles portaient le toquois, dont une source nous dit qu'il s'agit d'un bonnet à fond rond. (Histoire des filles de la charité, Matthieu Bréjon de Lavergnée). Le mot n'est pas référencé par les dictionnaires de l'époque, mais on trouve le mot "toquet". Il faut savoir qu'avant la révolution française, "oi" se prononçait "ouais". Le toquet est un "bonnet qui est à l'usage des femmes du menu peuple ou des paysannes." nous dit le dictionnaire de 1762.

 

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Les premières filles de la charité portent donc un bonnet commun à fond rond et, parfois, pour se protéger des intempéries, elles épinglent par dessus une bande de toile blanche, qui tombe sur les épaules, la cornette. Ce dernier élément de l'habit finit par devenir obligatoire, par souci d'uniformité, à la fin du XVIIe siècle. Au fil du temps, cette bande de toile prend de l'ampleur. On en relève les extrémités puis on l'amidonne pour que cette forme reste en place. C'est très progressivement qu'elle va prendre cette allure de paire d'ailes que nous lui connaissons.

 

 

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dessin d'après les portraits des supérieures générales

 

Quand la Compagnie refait surface après la tourmente de la révolution française, on fait avec ce qu'on a, question vêtements. On tâtonne encore, question uniformité. A un moment donné, il faut légiférer pour limiter les proportions de la cornette qui a tendance à prendre des dimensions bien trop grandes.  Si la taille doit être réglementée, la forme de départ de la bande de toile reste toujours semblable : un rectangle.
 

L'histoire de la coiffure féminine nous apprend à quoi ressemble ce qui soutient cette architecture textile : "Le toquois est un morceau de toile carrée d'environ 50 centimètres de côté, ayant sur le devant une trentaine de fronces qui se posent sur le front. A chaque angle du toquois il y a un lacet pour le nouer sur le sommet de la tête et en entourer la coiffe. La coiffe est un disque de bois léger entouré de flanelle et destiné à soutenir l'immense cornette. Elle est évidée sur l'une de ses faces, afin de pouvoir s'adapter facilement sur la partie postérieure de la tête et elle est maintenue par une espèce de serre-tête que les filles de la charité appellent bonnet. La cornette, à ailes couronne le tout. "

Une occasion de rappeler que la cornette se porte sur un bonnet et non sur une guimpe, même si le collet, la collerette, que portaient les premières filles de la charité a vu ses proportions augmenter ses au fil des siècles.

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Ne vous laissez pas abuser par la forme biscornue que la cornette avait fini par adopter. Au début de son existence comme à la fin, elle reste une pièce de toile rectangulaire qui forme un tunnel au-dessus de la tête et s'épingle autour d'un bonnet rond. La face arrière de la cornette s'articule donc autour d'un disque.

 

 

Le saviez-vous ? La cornette à ailes n'est pas un apanage exclusif des filles de la charité. Je ne m’attarderai pas sur quelques congrégations locales qui se sont appelées sœurs des saint Vincent de Paul de Perpette-les-alouettes et ont voulu en copier le costume. Leurs imitations de cornette s'élançaient verticalement en dressant, vers le ciel, deux moignons d'aile peu convaincants.

 

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La coiffe a été portée par les membres d'une congrégation française, les sœurs de charité dominicaines de la présentation. Cette famille religieuse a été fondée au XVIIe siècle par  Marie Poussepin, une femme d'affaires avant la lettre.  C'est après la tourmente de la révolution française, au cours du XIXe siècle que la cornette de ces sœurs va doucement prendre son envol et s'élever des épaules pour prendre une allure de paire d'ailes.

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Leur cornette se distinguait de celle des Filles de la Charité par l'absence de pli central et de petit repli à l'avant. Au lieu de former un demi-cône, elle formait un demi-cylindre.

 

 

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Voici un essai de reconstitution sur poupées.

Modèle "filles de charité", à pointe, en demi-cône.

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En épinglant l'arrière de la cornette sur le fond, en arrivant tout en bas on forme un pli pour orienter l'excédent de tissu vers le haut et relever les bords de la cornette.

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Ces extrémités sont ensuit pliées vers le bas.

 

La cornette de Barbie 020b.jpg

 

C'est ce qui donne cet aspect de vague, d'aile. Des photos de filles de charité américaines ne présentent pas ce pli des extrémités qui se dressent  alors vers le ciel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Modèle "dominicaine de la présentation", en demi-cylindre.

 

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Pour les proportions, j'ai utilisé un morceau d'entoilage de 8/21 cm pour la poupée. Comptez 36/90 cm pour une personne, avec un fond rigide de 15 cm de diamètre. Faites d'abord un essai avec du papier !

 

Schéma temporaire :

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05/09/2015

La guimpe, autres modèles

Je reprends la guimpe dont la forme rappelle une barbe pour vous montrer un autre modèle. Celui-ci est porté directement sur la tête, sans bonnet en dessous. Parfois les bords ne sont pas fixés l'un sur l'autre par une épingle ou reliés par des rubans mais carrément cousus l'un à l'autre. Ce dernier cas se rencontre principalement  au cinéma ! Mais il est sans doute porté ailleurs.Clin d'œil Dans ce type de coiffe, mieux vaut mettre le bandeau par dessus, ainsi la guimpe se retrouve fixée et risque moins de bouger.

 

 

Commençons par le modèle carré. Celui-ci est coupée d'un seul morceau . Elle peut s'évaser au niveau des épaules pour permettre une meilleure fixation. En effet, une guimpe carrée ne se fixe pas à l'arrière de la nuque, il faut éviter qu'elle ballote, ce qui donnerait un aspect désordonné. On l'épingle ou on l'agrafe au niveau de la clavicule.

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Le modèle cousu sur le haut peut aussi se voir avec une guimpe arrondie. Comme on fixe la partie inférieure derrière la nuque, avec des rubans ou par d'autres moyens, il n'y a plus se risque de ballotage. On la voit aussi coupée en trois parties : la colerette et les deux bandes latérales.

 

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03/09/2015

Coiffes et voiles.

Dans l'article précédent, nous avons vu que l'habit des ordres traditionnels ne différaient pas, à l'origine, des robes médiévales (pour les ordres fondés à cette époque).

 

Nous allons voir de plus près trois types de coiffes, mais avant ça, parlons des voiles. Dans certains ordres, le voile est tout simplement un grand rectangle de tissu, bien agencé, tenu sur la tête par des épingles, sur le haut et l'arrière du crâne et sur les tempes.

 

Parfois le voile traditionnel peut être fermé à l'arrière par quelques points de couture espacés, ou carrément mis en forme. Une couture en diagonale donne un peu plus d'allure.

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Le petit voile mis en vogue par l'aggiornamento est souvent un rectangle terminé par une pointe ou un arrondi. On peut le fixer sur un bandeau blanc posé en serre-tête, ou y introduire un élément métallique arrondi, en forme de serre-tête qui aidera à le maintenir en place.

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Dans le cas d'un habit traditionnel, à l'ancienne, le voile est porté sur une coiffe dont la forme varie selon les époques, les régions, les ordres et les congrégations.

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Le modèle avec une collerette et deux bandes à attacher sur la tête est porté par certaines bénédictines et dominicaines, etc. Pour comprendre le principe, on peut se référer à l'habillage des Ursulines du Québec, sur ce site. Voyons comment mettre une guimpe de ce type avec un bandeau.

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Un vieux film "In This House of Brede" montrait une prise d'habit, chez des bénédictines et on pouvait voir les étapes de la pose de la coiffe. Mais pour reconstituer la forme même de cette guimpe, il m'a fallu longtemps observer photos et vidéos.

Il faut d'abord un bonnet pour couvrir le crâne.

 

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Ensuite le bandeau. Nouer les lichettes en les croisant pour qu'elles prennent la forme arrondie du front.

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Les bandes qui longent les tempes sont épinglées sur le haut du bonnet.


 

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On tend la coiffe en la nouant à l'arrière.

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Le voile se pose dessus et s'épingle sur le haut du crâne, sur les tempes et à l'arrière de la tête

 

 

 

Passons, maintenant, à un modèle qu'on peut voir sur certaines clarisses américaines. Avec un peu d'observation, il est assez simple de reconstituer leur coiffe.

 

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La coiffe est en trois parties :  un bonnet, un bandeau et une collerette

Le bonnet est constitué de deux pièces parallèles cousues  sur le haut et l'arrière du crâne ainsi que sous le menton, le long du cou. La couture s'arrête sur le haut de la poitrine pour laisser deux pans d'une dizaine de centimètres de libre.

 

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On fixe d'abord le bandeau.

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On noue en croisant les lichettes pour donner l'arrondi sur le front.


 

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Ensuite, on enfile le bonnet et on le noue à l'arrière du crâne.


 

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Puis on termine avec la collerette.

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Le voile se pose par dessus et s'épingle sur le haut du crâne, sur les tempes et à l'arrière de la tête.

 

Terminons par un modèle que l'on voit apparaître au XVIe siècle : la toque. On la voit ici portée par les religieuses de Port-Royal. Le modèle est présent sur pas mal d'anciens tableaux, certaines congrégations nouvelles l'ont adopté.  La toque fait également partie de l'habit traditionnel des carmélites.  

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 .

 

Concernant ces dernières, plus on va vers le nord, plus la toque s'échancre dans le bas. Les hispaniques portent de véritables ailettes sur le dos. Les bérulliennes (françaises) avaient juste deux épaulettes dépassant du scapulaire. Celles qui se sont installées aux Pays-Bas espagnols (la Belgique actuelle) et ont fondé ailleurs n'ont que le plastron de couvert.  Pourquoi ces différences ? Quel était le modèle originel ? Il faudrait être historien du costume pour répondre à ces questions. C'est assez cocasse de voir qu'ailleurs, sur la toile, sur un forum américain, (on rencontre pas mal d'obsédés des chiffons dans cet ère géographique  Clin d'œil )  les intervenants discutent passionnément sur ce genre de détails, comme si l'authenticité supposée du costume était garante de l'authenticité de la vie spirituelle. 

 

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Comment se présente une toque ?  Deux pièces parallèles épousant, en haut, la forme de la tête sont cousues ensemble. La couture, sur le crâne, se poursuit en diagonale pour que la toque soit évasée à l'arrière de la tête. Elle reprend sous le menton pour joindre les deux parties sur la poitrine.
Une pièce en portion de cercle, appelée front, en haut de l'ouverture pour la tête, pour couvrir la racine des cheveux. Le front lui-même reste bien dégagé, pas comme avec un bandeau.

 

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Pourquoi de mot "bérullienne" pour désigner la française ? Les carmélites déchaussées se sont implantées en France sous le patronage du cardinal de Bérulle qui leur imposa certaines particularités  insignifiantes mais qui les distinguaient des autres.

 

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La toque se fixe en formant deux plis à l'arrière de la tête que l'on tend puis rabat l'un sur l'autre. On fixe avec une épingle. Certaines forment deux plis et les fixe, à part, sans les rabattre, à l'aide d'une épingle.
Avec les modèles courts, on tire la partie plastron vers le bas. Deux plis creux se forment spontanément à gauche et à droite, on les repasse avec le plat de la main. Les toques de tradition hispanique présentent un pli horizontal à hauteur de la base du cou, celui-ci est fixé par d'énormes épingles à travers les épaulettes du scapulaire.

 

Les dessins en couleurs ont été fait à partir de capture d'écran. Les croquis tagués sont une œuvre personnelle. Un premier jet non tagué avait déjà été posté ailleurs sur la toile, ce n'est pas une raison pour vous en attribuer la propriété.