08/09/2015

Quel costume portait la religieuse de Diderot?

Une petite récréation.

 

Dans le roman de Diderot, Suzanne contrainte de se cloîtrer, passe par trois couvents différents : Sainte-Marie, c'est à dire la Visitation, où elle refuse publiquement de faire profession, Longchamp, une abbaye de clarisses, où elle est persécutée par Mère Christine et St Eutrope, un couvent d'annonciades, d'où elle finit par s'enfuir.

Voici les trois costumes portés par Barbie et Steffy blonde et Steffy brune. (J'ai omis les nombreux nœuds de la corde des annonciades)

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Quand Rivette porte le film à l'écran, il ne se casse pas la tête et laisse à Suzanne le même costume sur le dos dans les trois couvents, celui des clarisses de Longchamp.

 

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Puis sort le film de Nicloux qui fond les deux premiers couvents en un et fait endosser aux nonnes un habit que je ne suis pas parvenu à identifier : robe bleu-gris, cuculle beige, guimpe de visitandine... La seule chose que j'ai pu trouver d'approchant est une ancienne gravure (1710) d'une capucine, arborant ces couleurs robe bleu-gris, scapulaire et manteau beige. Mais, naturellement, pas de cuculle qui est l'apanage des chartreux, ni de guimpe carrée. D'ailleurs c'est la seule représentation où j'ai pu voir une capucine avec ce panachage de couleur. La couleur normale est brun-beige.

Pour le dernier couvent, le réalisateur respecte l'habit des annonciades.

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Les deux languettes d'étoffe qui relient les deux pans du scapulaire en font une cuculle. Si la guimpe plus large forme des plis circulaires sur la poitrine et sous le menton, c'est parce qu'elle est coupée sur ce modèle. Ces plis sont accentués quand la coiffe est tirée vers l'arrière et fixée avec des épingles sur le haut de la nuque (habit de Rivette). Par contre, ils s'effacent si la guimpe est laissée tombante.

 

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07/09/2015

Les clarisses

Je me penche aujourd'hui sur l'habit des clarisses. Et je vais commencer par dire qu'il n'y en a pas un mais une gamme de possibilités. Le seul élément commun est la ceinture de corde. On dit que François d'Assise, s'étant dépouillé de tous ses vêtements pour les rendre à son père, reçut de l'évêque des habits de jardiniers. La corde était-elle la ceinture commune aux paysans ? En tout cas, il arrivait que les frères convers en portent, eux qui travaillaient dans les champs.

Une fois qu'elle eut pris l'habit, Claire fut prise en charge par une abbaye de bénédictines avant de fonder sa propre communauté.  Personne n'a pris Claire d'Assise en photo à l'époque !  Mais on peut se pencher sur les premières représentations de la fondatrice pour se faire une idée de ce à quoi ressemblait les premières clarisses. Cette représentation date de 1280, trente ans après la mort de Claire.

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Les autres représentations dans le siècle qui suit présentent à peu près le même modèle de vêtement : couleur gris-brun, pas de scapulaire, une ceinture de corde. Pas de guimpe mais un voile blanc drapé ou non sur la poitrine sur lequel est posé un court voile noir.

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Les premières clarisses ne semblent pas avoir porté de scapulaire. Pour rappel, le scapulaire (lat. scapula: épaule) est à l'origine un tablier. Par la suite, certaines réformes de l'ordre vont en adopter un : les colettines, réformées par Colette de Corbie et les capucines fondées par Maria Lorenza Longo au XVIe siècle. Le port du scapulaire chez les clarisses peut être également lié à des habitudes géographiques, selon ce que m'a expliqué une clarisse. D'après la même nonne, l'habit des premières clarisses n'était pas teint et devait être de couleur beige, écru. Par la suite, on verra des habits bruns ou gris clair.

Histoire complète et costumes des ordres monastiques, religieux et militaries et des congrégations séculières des deux sexes, par le R.P. Hélyot, avec notice, annotations et complément, par V. PHilippon de la Madelaine (Livre numérique Google) p 524  (première édition trouvée sur la toile : 1718)

 

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Hier comme aujourd'hui, nous trouvons à peu près tout : des habits gris, beiges, bruns, des couleurs ternes et uniformes, avec ou sans scapulaire, des petits voiles courts ou des coiffes à l'ancienne. Certaines portent le Tau franciscain, une croix en forme de T.  J'ai vu, dans un monastère aujourd'hui fermé, des clarisses en civil, accueillant leurs consœurs africaines vêtues d'un long pagne brun et d'un T-shirt blanc. Autre anecdote, les clarisses-colettines, portaient autrefois une guimpe qui leur recouvrait le menton.

 

Pour le modèle à l'ancienne, je me base sur l'habit des clarisses d'Eindhoven, pour le modèle modernisé, sur l'habit des clarisses de Megen.

 

 

 

 

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Un inconvénient des poupées mannequins, c'est qu'elles ne sont pas proportionnées comme un être humain normal et, même coupés, le volume de leurs cheveux reste imposant et gênant.

 

 

   

06/09/2015

La cornette

Je m'attaque à un gros morceau : la cornette. L'affaire est à la fois simple et compliquée ; l'article risque d'être plusieurs fois remanié ultérieurement !

Dernièrement, on passait à la télévision un téléfilm où certaines scènes se déroulaient à l'hospice des enfants trouvés, à la fin du dix-neuvième siècle. On y voyait des sœurs à cornette. Le nom exact de la congrégation est : compagnie des filles de la charité, mais le grand public les connaît plus souvent sous le nom de sœurs de charité ou sœurs de saint Vincent de Paul. Elles ont été, effectivement, dès leur fondation, au XVIIe siècle, assignées au soin des enfants abandonnés. Le moins qu'on puisse dire, en ce qui concerne ce long métrage, c'est que la coiffe n'était guère convaincante. On avait l'impression de se trouver devant un déguisement de carnaval. Voici une illustration réalisée à partir de photos de l'écran du téléviseur.

 

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Ce qui pique aux yeux, c'est cette pointe à l'arrière de la tête. On a assemblé les deux bords arrière l'un à l'autre en faisant un gros pli au milieu et ce qui devrait être une cornette ressemble à un entonnoir qui part en piqué sur l'avant de la figure. Je ne sais pas ce qu'ont fait les costumiers, mais il n'était pourtant pas difficile de réunir une documentation suffisante pour reconstituer cette coiffe aujourd'hui disparue. Un petit tour dans une bibliothèque importante aurait suffi à éviter cette grossière erreur.

 

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Mais d'où vient cette cornette qui a tant marqué les esprits au pointe de continuer à survivre dans les œuvres de fiction cinquante ans après sa suppression.  J'ai lu et entendu toute sorte de théories hautement fantaisistes sur l'origine de la cornette monumentale qu'ont coiffé ces bonnes sœurs jusqu'au début des années 60 : coiffe bigoudène, hennin médiéval, etc. Oubliez tout ça.

 

Cornette veut dire "petite corne", c'est ainsi qu'on appelait la partie d'une coiffe dont la forme rappelait une petite corne, puis la coiffe tout entière. Que voulait dire "cornette" à l'époque des premières filles de la charité ? Un dictionnaire de 1606 nous apprend qu'une cornette est "le devant d'un chaperon (de drap ou de velours) qui couvre la fontaine de la tête d'une femme". Fontaine signifie ici l'endroit où les os du crâne sont soudés, comme on parle des fontanelles des nourrissons, donc le haut du crâne. La cornette désignera ensuite une coiffe de femme que l'on porte en déshabillé, une" bande de tissu nouée sur le devant de la tête et dont les extrémités ont l'aspect de petites cornes" ou encore la coiffe des femmes du peuple.

 

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Les premières filles de la charité étaient des paysannes des alentours de Paris et elles gardaient leur vêtement traditionnel. Elles portaient le toquois, dont une source nous dit qu'il s'agit d'un bonnet à fond rond. (Histoire des filles de la charité, Matthieu Bréjon de Lavergnée). Le mot n'est pas référencé par les dictionnaires de l'époque, mais on trouve le mot "toquet". Il faut savoir qu'avant la révolution française, "oi" se prononçait "ouais". Le toquet est un "bonnet qui est à l'usage des femmes du menu peuple ou des paysannes." nous dit le dictionnaire de 1762.

 

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Les premières filles de la charité portent donc un bonnet commun à fond rond et, parfois, pour se protéger des intempéries, elles épinglent par dessus une bande de toile blanche, qui tombe sur les épaules, la cornette. Ce dernier élément de l'habit finit par devenir obligatoire, par souci d'uniformité, à la fin du XVIIe siècle. Au fil du temps, cette bande de toile prend de l'ampleur. On en relève les extrémités puis on l'amidonne pour que cette forme reste en place. C'est très progressivement qu'elle va prendre cette allure de paire d'ailes que nous lui connaissons.

 

 

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dessin d'après les portraits des supérieures générales

 

Quand la Compagnie refait surface après la tourmente de la révolution française, on fait avec ce qu'on a, question vêtements. On tâtonne encore, question uniformité. A un moment donné, il faut légiférer pour limiter les proportions de la cornette qui a tendance à prendre des dimensions bien trop grandes.  Si la taille doit être réglementée, la forme de départ de la bande de toile reste toujours semblable : un rectangle.
 

L'histoire de la coiffure féminine nous apprend à quoi ressemble ce qui soutient cette architecture textile : "Le toquois est un morceau de toile carrée d'environ 50 centimètres de côté, ayant sur le devant une trentaine de fronces qui se posent sur le front. A chaque angle du toquois il y a un lacet pour le nouer sur le sommet de la tête et en entourer la coiffe. La coiffe est un disque de bois léger entouré de flanelle et destiné à soutenir l'immense cornette. Elle est évidée sur l'une de ses faces, afin de pouvoir s'adapter facilement sur la partie postérieure de la tête et elle est maintenue par une espèce de serre-tête que les filles de la charité appellent bonnet. La cornette, à ailes couronne le tout. "

Une occasion de rappeler que la cornette se porte sur un bonnet et non sur une guimpe, même si le collet, la collerette, que portaient les premières filles de la charité a vu ses proportions augmenter ses au fil des siècles.

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Ne vous laissez pas abuser par la forme biscornue que la cornette avait fini par adopter. Au début de son existence comme à la fin, elle reste une pièce de toile rectangulaire qui forme un tunnel au-dessus de la tête et s'épingle autour d'un bonnet rond. La face arrière de la cornette s'articule donc autour d'un disque.

 

 

Le saviez-vous ? La cornette à ailes n'est pas un apanage exclusif des filles de la charité. Je ne m’attarderai pas sur quelques congrégations locales qui se sont appelées sœurs des saint Vincent de Paul de Perpette-les-alouettes et ont voulu en copier le costume. Leurs imitations de cornette s'élançaient verticalement en dressant, vers le ciel, deux moignons d'aile peu convaincants.

 

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La coiffe a été portée par les membres d'une congrégation française, les sœurs de charité dominicaines de la présentation. Cette famille religieuse a été fondée au XVIIe siècle par  Marie Poussepin, une femme d'affaires avant la lettre.  C'est après la tourmente de la révolution française, au cours du XIXe siècle que la cornette de ces sœurs va doucement prendre son envol et s'élever des épaules pour prendre une allure de paire d'ailes.

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Leur cornette se distinguait de celle des Filles de la Charité par l'absence de pli central et de petit repli à l'avant. Au lieu de former un demi-cône, elle formait un demi-cylindre.

 

 

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Voici un essai de reconstitution sur poupées.

Modèle "filles de charité", à pointe, en demi-cône.

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En épinglant l'arrière de la cornette sur le fond, en arrivant tout en bas on forme un pli pour orienter l'excédent de tissu vers le haut et relever les bords de la cornette.

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Ces extrémités sont ensuit pliées vers le bas.

 

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C'est ce qui donne cet aspect de vague, d'aile. Des photos de filles de charité américaines ne présentent pas ce pli des extrémités qui se dressent  alors vers le ciel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Modèle "dominicaine de la présentation", en demi-cylindre.

 

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Pour les proportions, j'ai utilisé un morceau d'entoilage de 8/21 cm pour la poupée. Comptez 36/90 cm pour une personne, avec un fond rigide de 15 cm de diamètre. Faites d'abord un essai avec du papier !

 

Schéma temporaire :

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