12/09/2015

En noir et blanc

J'ai abordé ailleurs l'habit des cisterciens : un habit blanc, un scapulaire noir (blanc pour les novices), une ceinture de cuir, par dessus. Une coule blanche pour les profès perpétuel. Certains cisterciens de la commune observance ont un scapulaire sans capuchon, c'est surtout le cas en Europe centrale. Ils ne portent pas non plus de ceinture de cuir mais en tissu.

 

Les sœurs portent le même habit  avec un voile, blanc pour les sœurs en formation, noir pour les professes perpétuelles. Là où on a adapté l'habit, les nonnes portent un petit col blanc et un simple voile. Dans d'autres monastères plus traditionnels, les sœurs portent des guimpes de forme variée selon les régions géographiques.

 

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Dans les régions germanophones, certaines portent le voile très bas, épinglé très près du bord du bandeau et cela même sur les tempes, de sorte que le voile forme un pli sur le front. D'autres ont une guimpe toute plissée. Sans doute un reliquat ou la guimpe était un simple tissu rectangulaire en mentonnière,  épinglé au bandeau, qui retombait sur le cou et la poitrine en formant un drapé. D'autres encore font tomber le voile sur le front et l'épingle en le tirant vers l'arrière de la tête. Il forme ainsi des ondulations au niveau des tempes. Si je mentionne ce modèle, c'est qu'on peut le retrouver sur certaines illustrations ou certains tableaux anciens.

 

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L'habit des cisterciens a influencé celui de certaines congrégations. C'est le cas des sœurs de la charité de Jésus et de Marie, dites sœurs de charité de Gand. Leur fondatrice avait commencé un noviciat chez les cisterciennes qui avait été interrompu par la révolution française, elle en a gardé l'habit.

 

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Le noir et blanc n'est pas un apanage cistercien. Autrefois, les frère lais et les soeurs converses de l'ordre dominicain portaient un scapulaire noir sur leur habit blanc pour les distinguer des religieux de chœur. Les chanoines réguliers de la sainte croix ou croisiers portent, eux aussi une capuche et un scapulaire noir sur leur habit blanc.

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Les augustines de ND à la rose portaient, elles aussi une tunique blanche avec un scapulaire noir. Ce qui est assez particulier, c'est la façon dont elles épinglaient leur voile. En visitant l'ancien couvent aujourd'hui devenu musée, on voit l'évolution de la coiffe au travers des âges. Au début, il y a juste un petit repli, une petite coque au niveau des tempes et, de siècles en siècles, l'épinglage tire tellement le voile vers l'arrière qu'un espèce de petit chapeau sans bord se forme au dessus de la tête, comme une capsule.

 

 

08/09/2015

Quel costume portait la religieuse de Diderot?

Une petite récréation.

 

Dans le roman de Diderot, Suzanne contrainte de se cloîtrer, passe par trois couvents différents : Sainte-Marie, c'est à dire la Visitation, où elle refuse publiquement de faire profession, Longchamp, une abbaye de clarisses, où elle est persécutée par Mère Christine et St Eutrope, un couvent d'annonciades, d'où elle finit par s'enfuir.

Voici les trois costumes portés par Barbie et Steffy blonde et Steffy brune. (J'ai omis les nombreux nœuds de la corde des annonciades)

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Quand Rivette porte le film à l'écran, il ne se casse pas la tête et laisse à Suzanne le même costume sur le dos dans les trois couvents, celui des clarisses de Longchamp.

 

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Puis sort le film de Nicloux qui fond les deux premiers couvents en un et fait endosser aux nonnes un habit que je ne suis pas parvenu à identifier : robe bleu-gris, cuculle beige, guimpe de visitandine... La seule chose que j'ai pu trouver d'approchant est une ancienne gravure (1710) d'une capucine, arborant ces couleurs robe bleu-gris, scapulaire et manteau beige. Mais, naturellement, pas de cuculle qui est l'apanage des chartreux, ni de guimpe carrée. D'ailleurs c'est la seule représentation où j'ai pu voir une capucine avec ce panachage de couleur. La couleur normale est brun-beige.

Pour le dernier couvent, le réalisateur respecte l'habit des annonciades.

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Les deux languettes d'étoffe qui relient les deux pans du scapulaire en font une cuculle. Si la guimpe plus large forme des plis circulaires sur la poitrine et sous le menton, c'est parce qu'elle est coupée sur ce modèle. Ces plis sont accentués quand la coiffe est tirée vers l'arrière et fixée avec des épingles sur le haut de la nuque (habit de Rivette). Par contre, ils s'effacent si la guimpe est laissée tombante.

 

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06/09/2015

La cornette

Je m'attaque à un gros morceau : la cornette. L'affaire est à la fois simple et compliquée ; l'article risque d'être plusieurs fois remanié ultérieurement !

Dernièrement, on passait à la télévision un téléfilm où certaines scènes se déroulaient à l'hospice des enfants trouvés, à la fin du dix-neuvième siècle. On y voyait des sœurs à cornette. Le nom exact de la congrégation est : compagnie des filles de la charité, mais le grand public les connaît plus souvent sous le nom de sœurs de charité ou sœurs de saint Vincent de Paul. Elles ont été, effectivement, dès leur fondation, au XVIIe siècle, assignées au soin des enfants abandonnés. Le moins qu'on puisse dire, en ce qui concerne ce long métrage, c'est que la coiffe n'était guère convaincante. On avait l'impression de se trouver devant un déguisement de carnaval. Voici une illustration réalisée à partir de photos de l'écran du téléviseur.

 

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Ce qui pique aux yeux, c'est cette pointe à l'arrière de la tête. On a assemblé les deux bords arrière l'un à l'autre en faisant un gros pli au milieu et ce qui devrait être une cornette ressemble à un entonnoir qui part en piqué sur l'avant de la figure. Je ne sais pas ce qu'ont fait les costumiers, mais il n'était pourtant pas difficile de réunir une documentation suffisante pour reconstituer cette coiffe aujourd'hui disparue. Un petit tour dans une bibliothèque importante aurait suffi à éviter cette grossière erreur.

 

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Mais d'où vient cette cornette qui a tant marqué les esprits au pointe de continuer à survivre dans les œuvres de fiction cinquante ans après sa suppression.  J'ai lu et entendu toute sorte de théories hautement fantaisistes sur l'origine de la cornette monumentale qu'ont coiffé ces bonnes sœurs jusqu'au début des années 60 : coiffe bigoudène, hennin médiéval, etc. Oubliez tout ça.

 

Cornette veut dire "petite corne", c'est ainsi qu'on appelait la partie d'une coiffe dont la forme rappelait une petite corne, puis la coiffe tout entière. Que voulait dire "cornette" à l'époque des premières filles de la charité ? Un dictionnaire de 1606 nous apprend qu'une cornette est "le devant d'un chaperon (de drap ou de velours) qui couvre la fontaine de la tête d'une femme". Fontaine signifie ici l'endroit où les os du crâne sont soudés, comme on parle des fontanelles des nourrissons, donc le haut du crâne. La cornette désignera ensuite une coiffe de femme que l'on porte en déshabillé, une" bande de tissu nouée sur le devant de la tête et dont les extrémités ont l'aspect de petites cornes" ou encore la coiffe des femmes du peuple.

 

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Les premières filles de la charité étaient des paysannes des alentours de Paris et elles gardaient leur vêtement traditionnel. Elles portaient le toquois, dont une source nous dit qu'il s'agit d'un bonnet à fond rond. (Histoire des filles de la charité, Matthieu Bréjon de Lavergnée). Le mot n'est pas référencé par les dictionnaires de l'époque, mais on trouve le mot "toquet". Il faut savoir qu'avant la révolution française, "oi" se prononçait "ouais". Le toquet est un "bonnet qui est à l'usage des femmes du menu peuple ou des paysannes." nous dit le dictionnaire de 1762.

 

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Les premières filles de la charité portent donc un bonnet commun à fond rond et, parfois, pour se protéger des intempéries, elles épinglent par dessus une bande de toile blanche, qui tombe sur les épaules, la cornette. Ce dernier élément de l'habit finit par devenir obligatoire, par souci d'uniformité, à la fin du XVIIe siècle. Au fil du temps, cette bande de toile prend de l'ampleur. On en relève les extrémités puis on l'amidonne pour que cette forme reste en place. C'est très progressivement qu'elle va prendre cette allure de paire d'ailes que nous lui connaissons.

 

 

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dessin d'après les portraits des supérieures générales

 

Quand la Compagnie refait surface après la tourmente de la révolution française, on fait avec ce qu'on a, question vêtements. On tâtonne encore, question uniformité. A un moment donné, il faut légiférer pour limiter les proportions de la cornette qui a tendance à prendre des dimensions bien trop grandes.  Si la taille doit être réglementée, la forme de départ de la bande de toile reste toujours semblable : un rectangle.
 

L'histoire de la coiffure féminine nous apprend à quoi ressemble ce qui soutient cette architecture textile : "Le toquois est un morceau de toile carrée d'environ 50 centimètres de côté, ayant sur le devant une trentaine de fronces qui se posent sur le front. A chaque angle du toquois il y a un lacet pour le nouer sur le sommet de la tête et en entourer la coiffe. La coiffe est un disque de bois léger entouré de flanelle et destiné à soutenir l'immense cornette. Elle est évidée sur l'une de ses faces, afin de pouvoir s'adapter facilement sur la partie postérieure de la tête et elle est maintenue par une espèce de serre-tête que les filles de la charité appellent bonnet. La cornette, à ailes couronne le tout. "

Une occasion de rappeler que la cornette se porte sur un bonnet et non sur une guimpe, même si le collet, la collerette, que portaient les premières filles de la charité a vu ses proportions augmenter ses au fil des siècles.

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Ne vous laissez pas abuser par la forme biscornue que la cornette avait fini par adopter. Au début de son existence comme à la fin, elle reste une pièce de toile rectangulaire qui forme un tunnel au-dessus de la tête et s'épingle autour d'un bonnet rond. La face arrière de la cornette s'articule donc autour d'un disque.

 

 

Le saviez-vous ? La cornette à ailes n'est pas un apanage exclusif des filles de la charité. Je ne m’attarderai pas sur quelques congrégations locales qui se sont appelées sœurs des saint Vincent de Paul de Perpette-les-alouettes et ont voulu en copier le costume. Leurs imitations de cornette s'élançaient verticalement en dressant, vers le ciel, deux moignons d'aile peu convaincants.

 

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La coiffe a été portée par les membres d'une congrégation française, les sœurs de charité dominicaines de la présentation. Cette famille religieuse a été fondée au XVIIe siècle par  Marie Poussepin, une femme d'affaires avant la lettre.  C'est après la tourmente de la révolution française, au cours du XIXe siècle que la cornette de ces sœurs va doucement prendre son envol et s'élever des épaules pour prendre une allure de paire d'ailes.

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Leur cornette se distinguait de celle des Filles de la Charité par l'absence de pli central et de petit repli à l'avant. Au lieu de former un demi-cône, elle formait un demi-cylindre.

 

 

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Voici un essai de reconstitution sur poupées.

Modèle "filles de charité", à pointe, en demi-cône.

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En épinglant l'arrière de la cornette sur le fond, en arrivant tout en bas on forme un pli pour orienter l'excédent de tissu vers le haut et relever les bords de la cornette.

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Ces extrémités sont ensuit pliées vers le bas.

 

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C'est ce qui donne cet aspect de vague, d'aile. Des photos de filles de charité américaines ne présentent pas ce pli des extrémités qui se dressent  alors vers le ciel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Modèle "dominicaine de la présentation", en demi-cylindre.

 

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Pour les proportions, j'ai utilisé un morceau d'entoilage de 8/21 cm pour la poupée. Comptez 36/90 cm pour une personne, avec un fond rigide de 15 cm de diamètre. Faites d'abord un essai avec du papier !

 

Schéma temporaire :

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